
Produire du lait pour une filière unique en France : le Gruyère de France
8 juillet 2026Transplantation embryonnaire : le progrès partagé
À Paulhac (15), le GAEC Ferme du Jarry incarne une vision moderne et engagée de l’élevage Abondance, conjuguant à la fois passion familiale, sélection génétique et engagement collectif. Pour ses 4 associés, la transplantation embryonnaire est devenue un outil incontournable pour préserver les meilleures lignées du troupeau et contribuer au progrès de la race Abondance.
Depuis plusieurs générations, la famille Rouchez – Jacques et Marie-Claire, les parents, rejoints par leur fils Nicolas et leur fille Perrine – vit au rythme de l’élevage. Sur les 145 hectares de prairies naturelles qui entourent la ferme, le troupeau compte 65 vaches à la traite majoritairement en Abondance : race qui répond parfaitement à son système herbager ainsi qu’à son activité de transformation fromagère. Ici, près de 80 % du lait produit est valorisé à la ferme en Cantal fermier et Salers, commercialisés principalement en vente directe.
Une génétique construite sur des familles solides
Si la transplantation embryonnaire occupe aujourd’hui une place importante dans la stratégie de l’élevage, celle-ci s’appuie avant tout sur un travail de sélection mené depuis de nombreuses années.
L’un des tournants fondateurs de la vie du troupeau remonte à 2005 avec l’achat de huit génisses pleines Abondance dans les Hautes-Alpes, sélectionnées avec l’appui de l’Organisme de Sélection. À l’époque, le troupeau comptait encore des Montbéliardes. Ces huit génisses vont pourtant profondément marquer l’avenir de l’élevage. « Elles ont fait de très bonnes femelles et les descendantes de ces génisses représentent encore aujourd’hui près d’un tiers du troupeau », explique Nicolas.
D’autres animaux achetés par la suite en Haute-Loire viendront également enrichir la base génétique du cheptel. Au fil des années, plusieurs familles se distinguent particulièrement, notamment la souche de NOSTALGIE, achetée chez Norbert Grimaud, qui marquera durablement le troupeau.
Cette vache est notamment à l’origine de VOLCAN, l’un des taureaux emblématiques nés à l’élevage. Pour la famille Rouchez, la naissance d’un reproducteur diffusé dans le schéma de sélection représente une immense satisfaction. « C’est presque plus gratifiant qu’un prix en concours parce qu’on fait progresser la race », estime Nicolas.
Jacques complète : « Voir les filles de son taureau faire des prix ou réussir dans d’autres élevages, c’est une belle récompense. On voit concrètement le travail accompli sur plusieurs générations.»
Des éleveurs engagés dans le progrès génétique
Cet attachement au schéma de sélection explique également l’implication précoce du GAEC dans la génomique. Toutes les génisses sont génotypées depuis 2016 mais l’engagement remonte aux débuts de la technologie, lorsque l’élevage a accepté de participer à la constitution de la population de référence. « Nous avons toujours essayé de jouer le jeu du schéma, du testage puis de la génomique. Si l’on veut que la race évolue dans le sens qui nous convient, il faut participer.»
Très tôt, les associés ont fait le choix d’utiliser massivement les jeunes taureaux. Dès les premières années de la génomique, près de la moitié des inséminations étaient réalisées avec ces reproducteurs. Parmi les exemples qui ont marqué Nicolas figure le taureau IKEA. « Il a été un peu sauvé par la génomique. Avec les anciens critères de testage, il n’avait pas forcément le profil attendu. La génomique a permis de révéler son potentiel et de le maintenir dans le schéma. »
Aujourd’hui encore, le GAEC continu de privilégier la diversité génétique. L’an dernier, les 14 génisses conservées étaient issues de 12 pères différents. « Utiliser beaucoup de taureaux permet de diluer les risques et de conserver davantage de possibilités pour l’avenir. »
La TE pour soi mais aussi pour les autres
Pour les associés, la transplantation embryonnaire (TE), réalisée chez eux par la coopérative Coopelso en collaboration avec les équipes EPV, est à la fois un moyen de préserver ses meilleures souches mais aussi de participer au progrès collectif. En intensifiant son recours aux biotechnologies de l’embryon ces dernières années, l’élevage a pu sécuriser certaines de ces femelles d’exception mais aussi alimenter la banque génétique de la race.
Parmi les premiers élevages à proposer sa génétique lors de l’épisode de DNC de l’été passé, la dimension collective prend ici tout son sens.
« Pour sauver nos vaches, il faut sauver les souches, s’il fallait abattre demain, ici ou ailleurs, nos souches seraient préservées. » nous explique Nicolas « Et puis la génétique est affaire de vitesse, tout progresse très rapidement, les embryons ne doivent pas rester en cuve, donc si d’autres élevages sont intéressés, il nous semble naturel de proposer nos embryons en banque ».
Nicolas ROUCHEZ - GAEC Ferme du Jarry
Multiplier les meilleures femelles et sécuriser les lignées les plus précieuses
Aujourd’hui, la transplantation embryonnaire permet au GAEC d’aller plus loin en valorisant concrètement les meilleures femelles du troupeau. Certaines femelles à fort potentiel génétique font ainsi l’objet de collectes, que ce soit dans le cadre du schéma de sélection, pour alimenter la banque génétique ou pour un usage interne à l’élevage.
Dernièrement, après une collecte sur NIEVRE pour en conserver la souche, l’élevage a poursuivi avec plusieurs interventions ciblées. À l’automne dernier, trois génisses – dont une fille de NIEVRE particulièrement complète et excellente sur le plan morphologique – ont été collectées. Deux embryons ont été reposés immédiatement et sept embryons sexés ont pu être mis en banque.
Ici, la TE est mobilisée dans plusieurs situations spécifiques que ce soit en race Abondance ou en race Tarine :
- sécuriser une génisse prometteuse présentant des problèmes de santé (8 embryons)
- valoriser une femelle de haut niveau en tarentaise (23 embryons)
- sécuriser la souche de mères à taureaux (10 embryons)
Avec huit collectes réalisées en moins de six mois, en semence sexée comme en conventionnel, le GAEC utilise à plein les atouts de la TE et des services autour de la génétique pour progresser.
Une stratégie génétique globale
En effet, la TE s’inscrit ici dans une démarche globale de sélection. Toutes les génisses sont génotypées depuis 2016 et environ 25 % des inséminations sont réalisées en semence sexée permettant d’identifier rapidement les meilleures femelles et d’orienter les programmes de transplantation embryonnaire vers les animaux les plus prometteurs.
Ici, les objectifs de sélection sont clairs : des bons résultats en mamelle, en taux et en fonctionnels permettent aujourd’hui d’affiner notamment autour de la vitesse de traite, parfois du tempérament. « On regarde le caractère mais pas trop, la méthode d’élevage compte aussi beaucoup ».
Quand la sélection crée de la valeur
Le travail génétique mené depuis plusieurs années se traduit également par une forte demande pour les animaux de l’élevage. Grâce à la qualité de son renouvellement et à l’utilisation de la semence sexée, le GAEC commercialise chaque année entre 20 et 25 vaches « pour la vie », principalement auprès d’éleveurs adhérents de l’OS.
Une particularité dont les associés sont particulièrement fiers : les animaux vendus sont souvent ceux qu’ils auraient eux-mêmes souhaité conserver. « Nous vendons des vaches que nous aurions envie de traire. C’est ce qui fait leur valeur. »
Depuis plusieurs années, de nombreux animaux rejoignent notamment des élevages savoyards. Les retours positifs des acheteurs constituent pour la famille l’une des plus belles récompenses du travail de sélection réalisé. « Quand les éleveurs nous rappellent pour nous dire qu’ils obtiennent de bons résultats avec nos vaches, cela fait vraiment plaisir. »
Faire progresser la race Abondance
Membre du CA de l’OS RAR et très impliqué dans le schéma de sélection, Nicolas souligne l’importance de cet ancrage dans le collectif. La mise au catalogue du taureau VOLCAN, né au sein de l’élevage est « presque plus gratifiant qu’un prix en concours parce qu’on fait plus progresser la race ainsi, cela nous paraît plus utile ». Jacques ajoute également : « et puis voir des filles de ton taureau faire des prix et briller en concours, amener le progrès génétique chez ton voisin, voir que l’on fait avancer la race, c’est vraiment une belle récompense. »
« Nous voulons continuer à élever des vaches qui conviennent à notre système, avoir des vaches faciles à vivre, à entretenir, à vêler… Nous continuerons à miser sur le progrès génétique et ses outils comme nous l’avons fait avec la génomique, les jeunes taureaux et aujourd’hui la transplantation embryonnaire. Avec l’Abondance on a tout, alors autant continuer ! »
Famille ROUCHEZ - GAEC Ferme du Jarry
Articles Similaires


