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26 mars 2026De l’herbe au fromage : un système cohérent au service de la filière AOP Abondance
EARL Ferme Fleury – Sophie Petit
Un héritage familial modernisé
Installée depuis 2020, Sophie Petit a repris l’exploitation familiale fondée par son grand-père, puis développée par son père Gérard dans les années 80. À l’époque, le troupeau comptait une vingtaine de vaches en 100 % Montbéliarde.
Sa reconversion professionnelle marque un tournant : elle modernise les bâtiments pour améliorer ses conditions de travail (tapis, rail de traite, robot d’alimentation…) tout en conservant l’esprit initial de la ferme.
Aujourd’hui, l’exploitation, en étable entravée, compte :
- 36 vaches laitières
- 12 génisses élevées chaque année
- 57 hectares de SAU, exclusivement en herbe
Le système est basé sur le pâturage, avec une quarantaine d’hectares accessibles autour de la ferme, permettant une sortie des animaux de mi-mars à mi-novembre. La ration hivernale, conforme au cahier des charges de la filière, est composée de foin, regain et concentrés (maïs, orge, tourteau, minéraux). Le troupeau évolue progressivement vers la race Abondance, qui représente aujourd’hui 37 % des effectifs.
Une production pensée pour le fromage
Avec une production annuelle de 220 000 litres, soit environ 6 700 litres par vache, le troupeau affiche des niveaux adaptés à la transformation fromagère (34 et TP et 39 en TB). L’intégralité du lait est livrée à la Fruitière des Savoie, sur le site de Gruffy, où il est principalement transformé en Tome des Bauges et en Abondance. Les fromages sont ensuite affinés par le grossiste Chabert et commercialisés à travers différents circuits.
La filière impose un cahier des charges précis, garant de la typicité des fromages AOP :
- minimum 45 % d’animaux de race Abondance
- au moins 150 jours de pâturage
- limitation à 1 800 kg de concentrés par vache et par an
Le prix du lait, compris entre 700 et 750 €/tonne, reflète cette valorisation fromagère. Il intègre une rémunération à la qualité, avec des bonus et malus liés :
- aux taux protéique (TP) et butyreux (TB)
- aux critères sanitaires (cellules, flore totale, butyriques, germes indésirables)
Certaines coopératives vont plus loin en intégrant le rapport TB/TP comme indicateur d’équilibre, essentiel pour une bonne transformation fromagère.
« Aujourd’hui, je me situe dans les valeurs attendues. Je veux produire un lait de qualité sans pousser les vaches. Même hors filière, je ferais les mêmes choix. La race Abondance est rustique, avec de bons aplombs, et traverse bien les lactations : ça me convient parfaitement. »
Sophie PETIT
La génétique au service de la qualité du lait
Les objectifs de sélection de Sophie sont ainsi conformes aux attentes de la filière fromagère et à ses objectifs :
- taux (TP, TB)
- production laitière maîtrisée
- santé de la mamelle
- aplombs et tempérament
Elle s’appuie sur les techniciens de race et les outils de planification d’accouplement pour orienter ses choix. Chaque année, un planning est réalisé avec Philippe Boulens chez AURIVA ou un technicien de l’OSRAR.
Le troupeau est génotypé à 100 % dès la naissance depuis huit ans. Un levier stratégique qui permet :
- d’anticiper le potentiel des femelles
- d’optimiser les accouplements
- de valoriser les animaux à la vente
« Ce que je veux, c’est produire du lait, mais surtout du lait de qualité. »
Si aucune transplantation embryonnaire n’a encore été réalisée, Sophie y réfléchit, notamment pour valoriser certaines génisses. « L’idée serait de travailler avec AURIVA pour intégrer une génisse dans la banque. Le côté collectif et coopératif me plaît beaucoup. »
Une ouverture vers la transformation à la ferme
À horizon 2026, un nouveau projet va renforcer le lien entre production et valorisation : l’installation à mi-temps de son conjoint Alexandre, avec la création d’un atelier de transformation. Objectif : transformer environ 10 000 litres de lait par an en produits fermiers (fromages lactiques, yaourts), vendus en circuits courts (marchés, magasins de producteurs…).
Ce projet s’inscrit pleinement dans la logique de la filière : valoriser au mieux un lait de qualité, tout en diversifiant les débouchés.
« Les travaux devraient bientôt commencer. Dans 10 ans, on aimerait une ferme toujours viable, avec un petit troupeau efficace et rentable. »
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